vendredi 5 février 2016

Leur apprendre la liberté

Aujourd'hui, j'ai vécu une drôle d'expérience.

Dans mes "connaissances", il y a une fille, que nous appellerons Maud.

Un jour en descendant du train, j'ai vu Maud prendre la main d'une fille que je ne connaissais pas, lui caresser la joue. Je n'en n'ai pas fait état. Voilà, Maud avait une amoureuse. Je n'en n'ai jamais parlé avec nos connaissances communes, c'est sa vie.

Puis aujourd'hui, je la croise à nouveau, avec cette même amie. Cette fois, elle l'a prend dans ses bras. Et surtout elle me voit. Ses bras desserrent la jeune femme qui s'en va me regardant en biais. Maud, pourtant souvent en forme pour proclamer ses mécontentement, me double, la tête basse en murmurant un "bonjour".

Mais comment en est-on arrivé là? A croire que celui qui te côtoie tous les jours puissent à un moment te juger parce que tu aimes quelqu'un...

Très tôt j'ai dit à ma fille qu'elle avait le droit d'aimer qui elle voulait. Lors de son premier anniversaire avec ses copains, elle s'est fâchée avec la moitié de ses copains car elle voulait avoir comme amoureuse Emmanuelle.

Depuis, je lui dis régulièrement qu'elle a le droit d'aimer qui elle veut. Récemment elle m'a remise à ma place en me disant "tu sais maman, je crois que je préfère les garçons. Mais j'ai compris que je pouvais aimer qui je voulais.."

Eloïse a déjà compris la notion de liberté et sa chance de naître dans une famille unie, aimante, dans un pays où elle à le droit d'aller à l'école et de ne pas avoir peur. Encore l'autre jour, elle m'a dit en regardant les réfugiés de Calais "Maman, pourquoi nous on ne leur donne pas des sous? Une maison? Ils ne peuvent pas retourner chez eux si ils ont peur...".

Je n'ai pas envie que ma fille ait peur un jour de me présenter son amoureux ou son amoureuse, juste parce qu'il est noir, arabe, ou blonde. Je n'ai pas envie qu'elle se sente obligée de se cacher parce qu'elle aime Farid, Mohamed, Ti-Min ou Franscesca.

J'espère que si un jour elle vote différemment de moi, qu'on en parlera sans heurts. J'espère qu'elle n'aura pas peur de me dire qu'elle croit en Allah ou en Yahvé. J'espère qu'elle saura que ma porte sera toujours ouverte quelque soit ses opinions, ses croyances, ses amours.

Hier j'ai appris que mes élèves apprenait "Liberté" de Paul Eluard. J'ai récité moi-même ce poème en 5eme. Je donnais la main à Aïssa, et à Leïla. C'était en 93, dans le 93, la commémoration des 50 ans de la mort de Jean Moulin. J'étais à l'école, l'école libre, laïque, publique. L'école de ZUP, l'école de la liberté. Je veux que ma fille connaisse et apprenne cette liberté chez nous, mais aussi à l'école. Qu'on lui apprenne qu'il n'y a pas que maman et papa qui pensent comme ça mais toute une société, un pays. Un pays qui a fondé ses valeurs sur cette notion: LIBERTÉ.



Sur mes cahiers d'écolier
Sur mon pupitre et les arbres
Sur le sable de neige
J'écris ton nom

Paul Eluard





2 commentaires:

  1. c'est très beau ton texte. Je suis triste pour Maud. Et je t'avoue que si un de mes enfants virait extrême droite, raciste, tombait amoureux.se d'un.e raciste, j'aurai quand même du mal à le vivre. ^^'

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    1. Moi aussi ...sans doute. Mais j'espère juste qu'elle n'aurait pas peur de m'en parler...

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